Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Marion

Fenêtre quotidienne

De ma fenêtre, je vois un monde parfait. Un paysage parfait ; un ciel bleu avec quelques nuages blancs, de l’herbe vert pomme, un arbre parfaitement rond, de jolies maisons carrées avec un toit triangulaire, un carrefour perpendiculaire. Les gens qui s’y promènent sont aussi parfaits ; un père, une mère, une sœur, un frère, un chien. Chaque mouvement du tableau semble être maîtrisé et se répéter sans cesse : le bal des voitures et les enfants à vélo. Une perfection de papier glacé, aseptisée. Rien ne semble avoir fondamentalement changé cette routine millimétrée. Les familles parfaites croisent toujours d’autres familles parfaites en comptant l’espace qui les sépare. Les masques cachent les regards de méfiance. Les Porsche se font plus discrètes. La méfiance remplace l’indifférence ; on ne regarde plus celui que l’on croise comme un être indifférent mais comme un potentiel ennemi. La méfiance crispe les photos de magazine sur papier glacé.

Fenêtre d’enfance

Je vois les gouttes de pluie qui s’écrasent sur le velux. Chaque goutte éclatée a une forme différente. Les nuages gris peignent, contre leur gré, ce velux penché. Exactement comme un artiste qui lancerait des jets de peinture sur une toile d’un blanc immaculé. Je regarde les taches de gouttes se rejoindre, les unes vers les autres. A chaque seconde, un tableau différent apparaît et disparaît en même temps. Des mouvements aléatoires, asymétriques font néanmoins l’harmonie de la pluie.

Fenêtre nostalgique

Cette pluie que j’admire m’a trempée. Ma grand-mère arrive avec un linge et me somme de prendre un bain chaud. Recouverte de mousse, j’entends la tempête et la pluie gifler le velux. J’apprécie pour la première fois, le contraste chaud et froid. Du velux, j’observe la tempête qui frappe les arbres et plie les plantes. Malgré le chaos, tout semble si cohérent et rentrer dans une harmonie étrange. De la tempête se dégage un calme, une simplicité relaxante.

Marion

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard