Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Liza

Une fenêtre, une création que nous voyons constamment au quotidien et à laquelle on ne fait même plus attention mais qui est finalement une invention si utile. En effet, les fenêtres apportent de la lumière dans notre foyer durant le jour, elles sont un moyen d’aération, elles nous protègent de l’extérieur, mais surtout, elles nous dévoilent ce que nous n’aurons pas pu voir depuis chez nous à travers les murs, elles nous permettent d’observer l’extérieur, tout en se trouvant en sécurité.

Finalement, les fenêtres que nous connaissons le mieux sont celles qui se trouvent chez nous, dans nos chambres. À longueur de journée, nous regardons la vue qu’elles nous montrent, et au fil des jours, puis des années, nous pouvons décrire cette vue les yeux fermés, à n’importe quelle période de l’année et à n’importe quelle heure, tellement nous la connaissons bien. En pensant à la fenêtre que je connais le mieux, je pense directement à celle de ma chambre, celle à travers laquelle je regarde depuis déjà six ans. Elle me dévoile une petite maison avec un magnifique jardin qui appartient à une femme plutôt âgée. Le jardin est assez grand, avec plusieurs grands arbres, quelques buissons et des magnifiques fleurs, cette femme y tient particulièrement et en prend grand soin. Pendant toute l’année, j’observe depuis ma fenêtre comment la propriétaire s’en occupe et également comment différents animaux y passent leur temps. Durant l’hiver, quelques renards traversent le jardin pendant la journée, mais ils s’y rendent surtout pendant la nuit pour s’amuser. Même si je ne les vois pas, je les entends. Dans un des grands arbres du jardin s’installent toujours durant le printemps des oiseaux. Ils y font leur nid et y restent pendant plusieurs mois. Les regardent de haut les deux gros chats de la femme, ils tentent sans cessent de grimper le long de l’arbre et les rejoindre.

Certaines fenêtres peuvent nous rappeler des bons ou mauvais souvenirs, des souvenirs liés au stress, ce sont les fenêtres du travail, ou celles liées à la détente, ce sont celles de nos vacances. En pensant au mot repos, je pense directement à la fenêtre qui donne sur la mer, la plage et les rochers. Cette fenêtre se trouve à Chypre, un lieu qui me manque plus que tout durant des longues journées de travail. En sortant sur le balcon, je vois directement la mer, cette énorme quantité d’eau salée qui semble être infinie, je vois aussi les plages avec le sable jaune et chaud sur lequel jouent des petits enfants et bronzent leurs parents. En prenant une grande respiration, l’air chaud qui entre dans les poumons transmet l’odeur du jasmin, de la mer, des fleurs autour de soi, du chlore de la piscine des voisins et de la nourriture. Durant la journée, la vue nous montre une mer agitée, avec des grosses vagues et des plages remplies de personnes qui crient, rigolent et discutent, alors que la nuit, ce même paysage se transforme en quelque chose de calme et relaxant. Nous entendons au loin les petites vagues de la mer, avec le léger vent qui secoue les feuilles des palmiers et nous voyons seulement la lune qui monte au-dessus de la mer, et laisse derrière elle un chemin blanc.

Durant notre vie, nous aurons vu des milliers de fenêtres différentes. Certaines nous marquent plus que d’autres, laissent des souvenirs, et nous manquent, comme celles de notre enfance, qui font finalement parties des premiers fenêtres à travers lesquelles nous avons regardé. La fenêtre qui me manque le plus est la fenêtre qui se trouvait dans ma toute première chambre, qui me montrait un paysage complètement différent, un paysage non seulement d’une autre ville, mais surtout d’un autre pays. Cette fenêtre donnait sur la propriété de nos voisins, qui étaient des amis de mes parents. Ils avaient une grande maison en bois, avec un toit bleu et de très grandes fenêtres. Leur jardin était comme un petit parc, ou du moins il me paraissait ainsi. Il y avait une dizaine d’arbres qui encerclaient une pelouse, sur laquelle se trouvait une place de jeu. Nos voisins avaient des jumeaux, deux garçons, qui sont très vite devenus mes amis. Durant l’hiver, alors que je me trouvais au chaud dans ma chambre, j’observais l’extérieur plongé dans une température pas au-dessus de moins trente. Je regardais les jardiniers débarrasser les chemins de plusieurs centimètres de neige et de casser avec leurs pelles, les bonhommes de neige, formés par mes petites mains. En repensant à cette fenêtre, j’arrive parfaitement à m’imaginer la vue, comme si je l’avais vu hier, alors qu’en réalité je n’y ai plus posé les yeux depuis dix ans. Cette vue me rappelle non seulement de bons souvenirs, mais également un sentiment de tranquillité et d’insouciance car, durant cette période de l’enfance, rien n’était encore grave ou important.

Liza

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