Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Kaya

Fenêtre telle qu’elle est là :

Elle prend la moitié de mon mur tant elle est grande. Sans elle, j’étoufferais certainement dans la petite pièce exigüe qui me sert de chambre à coucher. Le matin, c’est en regardant la lumière qui traverse mes volets blancs que je réussis à deviner la météo du jour. Aujourd’hui, le temps est mitigé. Quelques rayons de soleil curieux pointent le bout de leur nez à travers les nuages vidés de leurs eaux. Ma fenêtre est simple, de couleur blanche, elle se marie bien avec le reste de ma chambre. Elle est ornée de stores qui me protègent du soleil lors des journées chaudes en été. J’aime m’installer sur le petit rebord de ma fenêtre et écouter les hirondelles au printemps qui viennent faire leur nid. J’ai vue sur une majestueuse forêt habitée par de grands arbres. En été, les oiseaux s’abritent dans les feuillages et y construisent leur nid. Si l’on écoute bien, on peut percevoir le léger bruit d’un ruisseau qui coule. En automne, les arbres deviennent tristes et leurs feuilles quittent leurs branches afin de se poser délicatement au sol. En hiver, lors des tempêtes, j’écoute la pluie battante. L’eau finit par dégouliner le long des vitres. Cette fenêtre me fait écouter la nature. Chaque saison, les bruits changent, la lumière diffère.

La fenêtre de l’enfance :

Deuxième porte, au fond du couloir, elle est là, se cadre avec aisance au milieu de la pièce. Sans elle, je n’aurais jamais pu espionner mes voisins. L’année de mes 10 ans, c’était mon occupation favorite, je tenais même un journal de bord. Notant avec précaution, les allers et retours des passants, imaginant leur vie. Certains avaient une vie passionnante, d’autres ennuyante. Une de ces passantes m’avait particulièrement marquée. Elle était vêtue d’un long manteau qui descendait jusqu’aux chevilles. Je devinais, malgré la distance qui nous séparait, que son manteau était fait de fourrure. Son visage était masqué par un grand chapeau noir. On ne distinguait que ses lèvres maquillées d’un rouge vif. Sa bouche arborait un sourire malicieux. Accompagnée de son fidèle dalmatien, elle me faisait penser à Cruella dans Les 101 dalmatiens. Lors des jours d’été, je chantais à ma fenêtre mêlant ma voix à celle des oiseaux, pensant qu’elles formeraient un beau chœur. Evidemment, ce fut un échec. Espionner mes voisins, certes, c’était mon passe-temps favori, mais également mes petits camarades de jeu. Je les attendais patiemment à ma fenêtre. Je prenais même goût à les entendre crier mon nom me proposant de venir jouer dehors. Durant les hivers longs, je les voyais courir traverser mon jardin enneigé pour se préparer à la traditionnelle construction du bonhomme de neige qui enchanterait les enfants à jamais. Lors des journées chaudes, je les attendais vêtue de mon maillot de bain pour une baignade dans la piscine chauffée qui jouxtait le jardin de mes chers voisins.

La fenêtre du manque :

On ne voyait qu’elle. Elle donnait tout le charme à ce petit appartement que nous louions chaque vacance d’été. Elle a certainement l’une des plus belles vues de la côte, sans vanter ses mérites évidemment. Vue sur la mer, les mouettes volent et jacassent, le bleu ciel assombri selon les saisons par les nuages. Mais, l’eau turquoise, le bruit de la mer qui berce. On entend même les échos des discussions enchantées des passants qui profitent de se balader le long de la côte. Lorsque l’on ouvre la fenêtre, c’est au paradis que l’on accède. En été, la chaleur du soleil vient parfaire notre teint halé. Ses rayons se reflètent sur la mer et donnent une impression de scintillement. On entend le doux bruit des vagues qui apaisent. Il y a toujours un léger vent qui caresse avec douceur notre peau. Juste assez léger pour nous rafraichir de la chaleur estivale. La vue est sans fin, on ne perçoit plus la fin de la mer, le bleu est infini. C’est ça le manque.

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard