Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Emma W.

Le ciel est d’un bleu clair magnifique, apaisant. Les arbres ont fleuri nous rappelant que le printemps approche. Paris est une ville magnifique au printemps. Le soir commence à tomber. Il est 18 heures. De gros nuages blancs viennent se coller au sommet de l’immeuble que j’aperçois en face de moi, avenue Beaucourt. J’aperçois Monsieur Dubois, il déambule, complètement ivre, il vit seul depuis des années. La mort de sa femme l’a anéanti. Les habitués du quartier ont la triste habitude de le voir au comptoir de ce bar, un verre à la main, seul, le regard vide, songeant à sa tendre épouse que le cancer a pris sous son aile. Je tourne les yeux à gauche, je vois cette jeune fille connue du quartier, Julie. Il est 23 heures. Elle part sûrement chercher des clients, sa courte jupe laisse entrevoir ses formes. Julie a seulement 15 ans. 15 ans, et elle s’offre à de vieux hommes. Deuxième étage, fenêtre côté sud-ouest. Un jeune garçon squelettique contemple son repas qu’il ne mangera pas. Longue attente de la mort. Un instant, il semble se décider à manger, mais l’idée de quelques kilos en plus lui est insupportable, il jette son repas. Même bâtiment, fenêtre gauche, cinquième étage. Une mère pleure le décès de sa fille. Rosalie est morte. Deuil insupportable pour cette mère. Elle avait seulement 17 ans. Les marques qu’elle portait sur ses bras laissaient voir la souffrance qu’elle éprouvait. Elle regarde dans le vide, je croise son regard. Elle frisonne, ferme les volets. Des heures passent. Le soleil s’est couché depuis bien longtemps. Il est 6 heures du matin, le soleil se lève. Julie rentre enfin chez elle. Des jeunes garçons la traite de « pute » et de « salope » alors qu’elle marche devant eux, d’un air triste. Habituée à ces remarques, elle ne dit rien et avance. Ce soir, elle repartira pour continuer cette triste routine qu’est désormais sa vie.

Je vois seulement une cour sombre. Pendant la nuit des voitures y viennent se garer et leur lumière me réveille à chaque fois. Le ciel est gris et le temps est triste. Quand le soleil sort, il ne fait que me rappeler que je suis enfermée dans cet hôpital. Le temps dehors correspond aux sentiments que je ressens. De la haine. Beaucoup de haine. Le soir, le tonnerre gronde et on entend la pluie taper contre le sol. Ce bruit est presque apaisant et pourrait calmer ma haine. Des gens passent dans cette cour, la plupart sont des infirmiers dans des blouses blanches. Cette cour me rend triste, elle est si vide, sans couleur, sans vie. Je m’identifie à elle. J’ai envie de fuir, de passer à travers cette fenêtre pour faire partie de ce décor et y rajouter peut-être un peu de vie.

Depuis ma fenêtre, j’ai une vue magnifique sur la mer. Le matin, on entend les vagues se casser contre les rochers et les mouettes chanter en frôlant la surface de l'eau. Une odeur fraîche et un air chaud dès le lever du soleil se fait sentir. Un paysage calmant l’âme et l’esprit. De petits enfants jouent dans les vagues et de jeunes adolescents, couchés sur la plage, s’embrassent. Le premier amour. Elle lui caresse les cheveux. Les premiers touchers. Les premières caresses. Le ciel est bleu marine, aucun nuage n’est visible, rien ne pourrait gâcher un si beau temps. Quand le soleil se couche à l’horizon, de magnifiques couleurs sont visibles dans le ciel. Des jeunes mariés observent le coucher du soleil. Le matin, avant que le soleil se lève, de jeunes surfeurs partent à la recherche de plaisir dans la mer. De jeunes enfants jouent dans le sable rappelant la satisfaction d’une chose si simple qu’est jouer dans le sable. Un bonheur si facile. Tout ce paysage aspire au calme, au bonheur, à la détente, aux plaisirs singuliers de la vie, à s’endormir aux bruits de la mer. Aux odeurs qui rappellent l’été, la joie. Aux sons qui rappellent un certain bonheur. Le son des rires de jeunes enfants.

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard