Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Clelia

Fenêtre 1 : le présent

La première chose que je vois à travers ma fenêtre est une haie, mais derrière celle-ci se trouve une grande place de jeux continuellement occupée. Des bambins aux adultes, on vient s’amuser sur cette place. Il y a toujours le groupe de garçons qui jouent au foot et qui embêtent les résidents avec leurs ballons perdus sur les terrasses. Ces gars-là sont toujours accompagnés d’un groupe de filles très bruyantes qui se mettent à hurler pour attirer leur attention. Du matin au soir, ils se trouvent sur ce terrain, à croire qu’ils n’ont pas d’autres activités. Et surtout, ils ne semblent pas se préoccuper des règles sanitaires que ce virus nous a imposées. La vie semble avoir repris son cours pour ces gens-là, ils sont peut-être inconscients mais, pour l’instant, ce sont eux qui s’amusent dehors et nous, à l’intérieur, nous nous tournons les pouces. Il est vrai que dans ce quartier, le respect n’est pas une notion acquise par tous les jeunes. Il faut dire qu’à travers ma fenêtre il m’arrive d’apercevoir une voiture de police vadrouiller aux alentours. Ces enfants font bêtises sur bêtises, mais est-ce vraiment leur faute ? Comme je l’ai dit, ils sont là du matin au soir, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il fasse beau. Ils ont peut-être besoin d’attention et c’est pour cela qu’ils essaient tant de se faire remarquer.

Fenêtre 2 : le souvenir

Née fille unique, j’ai dû apprendre à m’occuper toute seule. Ce n’était pas facile de se retrouver à jouer à la maîtresse et interpréter l’élève et le maître en même temps, mais je vous assure, on s’y fait. L’activité qui a occupé la plus grande partie de mon enfance était les Barbies, j’y ai joué jusqu’à mes 13 ans. Peu importait le temps qu’il faisait dehors, je trouvais toujours du temps pour jouer avec mes poupées. Je pouvais passer mes journées entières enfermée dans ma chambre avec mes installations qui occupaient tout le parquet. Ces heures passées à jouer représentent une très grande partie de mon enfance et resteront toujours dans ma mémoire pour les émotions que cela m’apportait même s’il ne s’agit finalement que de poupées. Je passais tellement de temps à inventer mes histoires, je m’inspirais de mes dessins animés ou des séries que je regardais comme les fameux « Charmed » ou « Buffy the Vampire Slayer » qui ont bercé ma jeunesse. Je me souviens passer des larmes aux rires tellement je me plongeais dans mes histoires fictives.

Fenêtre 3 : Où je voudrais être

Aujourd’hui, je rêve de me retrouver chez mon grand-père en Sicile, étalée sur une chaise longue sous les 40 degrés habituels. Quand je pense à cet endroit, je revois la verdure qui s’étale à perte de vue, le jardin garni de mon Nonno avec les fruits et légumes. Le bruit des criquets, des oiseaux qui chantent, les klaxons des Vespa et petites voitures typiquement italiennes, la radio qui passe les mêmes musiques en boucle, le bruit de l’eau de mon cousin qui s’amuse dans la piscine, les discussions autour d’un bon plat, les rires de mes proches. Je sens les odeurs de fleurs, des oliviers, de la parmigiana posée sur la table qui attend d’être dégustée, la fumée que dégage la cigarette que fume mon grand-père accoudé à la rambarde. Je peux encore sentir sur ma langue le goût des aubergines grillées, les franceschini frits sortis tout droit de la mer, la sauce tomate qui a mijoté tout l’après-midi, la glace au citron du vieux village, la granita et la brioche qu’on prend le matin … Toutes ces choses représentent le bonheur et la sérénité, tout ce qu’il me faudrait en ces temps compliqués.

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard