Tous à la fenêtre! Un atelier d’écriture proposé par François Bon – Christiana

Parfois, la fenêtre permet d’aérer la maison, ou de surveiller le monde extérieur, ou de nous protéger. Simplement une fenêtre. Mais que faire si la fenêtre est utilisée quotidiennement?

Si on se trouve entre quatre murs pendant plusieurs jours, la fenêtre reste le seul élément positif de la chambre. Tout a commencé il y a huit ans, lorsque ma fille, le seul être qui me restait, est morte dans un accident de voiture.

Je ne savais pas comment faire son deuil et passer à autre chose.

Je ne savais même pas à qui je pouvais parler, ni même si j'aurais pu en parler. Je n'ai pas eu la force de me montrer en public. Je n'avais pas d'autre choix que de me cacher dans mon petit appartement à Paris. J'ai tout laissé tel quel dans l'appartement et j'ai vécu dans le noir. La fenêtre fermée et l'obscurité qu'elle a provoquée m'ont donné le sentiment que le monde me comprendrait et qu'il porterait le deuil avec moi. Je me suis dit que cela me réconforterait, mais la douleur ne m'a jamais quittée. Un changement de mode de vie était hors de question, car mon entêtement restait fidèle à mon idée. J’évitais le monde extérieur et je me suis retrouvée dans un fort isolement social.

Mais, un jour, un petit rayon de lumière est passé à travers les stores, ce qui a éveillé ma curiosité. Je me suis demandé comment ils avaient été créés et comment je pouvais les retirer. Je me suis dirigée vers la grande fenêtre et j'ai regardé par le petit trou en direction de la rue. Au début, j'ai été choquée, car la rue était très différente de ce dont je me souvenais.

De grands magasins sont apparus et le nombre de personnes qui était dans la rue a augmenté. J'ai vu à travers le petit trou un enfant qui roulait à toute allure sur un objet. Je n'ai pas pu identifier l'objet en raison de sa vitesse. J'ai eu envie de lever les stores et je l'ai fait.

J'étais fascinée par l'image de la rue et je cherchais l'enfant. Cela ne m'a pas dérangée de ne pas avoir trouvé l'enfant immédiatement, parce que la rue lui avait volé sa lampe.

Partout où je regardais, il y avait quelque chose de surprenant et la vue ne devenait jamais ennuyeuse. J'ai été stupéfaite par les vêtements que les gens portaient ; j'ai vu une jeune femme portant une veste oversize. Je me suis demandé quelle mère laisserait sortir son enfant avec une telle veste. Mais en observant les gens plus longtemps, j'ai remarqué qu'elle n'était pas la seule et que cette veste était probablement à la mode.

J'ai regardé les vitrines des magasins. Au début, je me suis encore demandé qui s'habillerait comme les mannequins. Mais d'une manière ou d'une autre, j'ai trouvé que ces tenues s'accordaient avec la belle décoration. Ma vitrine préférée était sans aucun doute celle de Prada.

Je voulais savoir beaucoup de choses. J'aurais aimé tout voir de près.

Mais ma peur du public n'a pas diminué. Je ne savais pas comment m’acclimater à ce monde extérieur et je ne me faisais pas confiance pour parler aux gens.

Mais pour la première fois, j'ai ressenti à nouveau une joie. Je ne voulais plus obscurcir la fenêtre.

À partir de ce jour-là, je me suis occupée de la fenêtre tous les jours. Je suis constamment ennuyée lorsque la nuit rattrape le jour, parce que la vue est restreinte par l'obscurité.

J'étais particulièrement fascinée par la mode. Je voyais constamment quelque chose de nouveau. Un jour, j'ai vu des gens distribuer des magazines dans la rue. J'ai remarqué que je connaissais un de ces magazines, c'était un magazine de mode. J’ai voulu le lire et savoir ce qui était à la mode. Le seul moyen était de le commander. Mais là encore, je n'ai pas pu le faire en raison de ma maladie mentale.

J'ai décidé d'explorer la mode moi-même, accompagnée de mon carnet et de mon stylo, sans influence extérieure.

La rue vit et se développe constamment.

On pourrait penser que je m'ennuie, mais cette occupation me suffit.

Et croyez-le ou non, c'est comme un médicament à ma dépression et cela me rend heureuse.


Christiana

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard