Contre-Spleen – Frédéric Nicod

Quand Virus, insidieux, plane comme un vautour

Sur nos corps terrifiés par d’âcres maladies,

Et que du monde entier empoignant les contours

Il ronge tel un dieu la fraîcheur de la vie ;

Quand son ombre engloutit des pays désarmés

Et transforme en prisons les foyers et les villes,

Jetant, tels des déments, les humains alarmés

Vers les rayons vidés par l’Égoïsme vil ;

Quand enfin il s’abat, en rapace averti,

Sur l’immense hôpital d’une Terre hystérique,

Broyant dans ses serres les forçats affaiblis

Par le silence amer des boulevards désertiques ;

Des êtres brusquement se dressent avec ardeur

Et lancent vers le ciel leurs mains indéfinies,

Captant, dans l’univers, ces éclats de splendeur

Qu’on chante à ceux qui, soignant, jamais ne vacillent.

Alors, sur les balcons qui surplombent nos Peurs,

On écoute l’Espoir, vaillant, mélancolique,

Des âmes meurtries par l’Oiseau de malheur

Qui rient et triomphent, d’un souffle poétique.

Frédéric Nicod

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard