Le C(ov)id – Acte I, Scène 4 – Olivier Blanc

Le monologue du maître de français

O rage ! ô désespoir ! ô vile pandémie !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Et ne me suis-je au cours de ma carrière instruit

Que pour voir en un jour tous mes efforts détruits ?

Mes cours qu’avec respect tout le gymnase admire

Cours qui sur les esprits exercent leur empire,

Discours enthousiasmants ensorcelants laïus,

Me trahissent à l’heure où triomphe un virus.

Nouvelle épidémie à mon emploi fatale,

Le savoir écrasé par l’infection virale !

Les élèves muets dans des lieux isolés

Apparaissent sur Zoom le regard désolé

Les cheveux en bataille et la mine effarée

Cherchant à retrouver leur conscience égarée.

Et moi dans mon logis confiné sans espoir

Nostalgique du temps où l’Auguste Piccard

Accueillait ses troupeaux d’euphoriques élèves

J’attends que du combat l’on décrète la trêve.

Éloigné désormais de mes frères humains

Héros vaincu je crois aux glorieux lendemains

Et m’amuse parfois en baillant aux corneilles

Sans gêne à parodier le style de Corneille.

Olivier Blanc

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard