Journal de la quarantaine – Tiziana Levante

Pour mon Baptême, mes grands-parents m’ont offert un pendentif. Il a une forme carrée-ronde. Sur une face, il y a un ange gravé et sur son verso, il y a mon prénom, gravé lui-aussi. Je l’ai porté toute mon enfance, sur la chaîne en or que m’avait offert ma tante pour la même occasion.

Aux alentours de mes 6 ans, je l’ai enlevé. Je l’ai mis dans la boite, qui est dans ma famille nommée « T » et qui garde tous les bijoux de valeur. Mon père a ensuite emmené le « T » à son travail, car c’est un endroit plus sûr que mon appartement. Il y a environ un mois, je regardais des vieilles photos et je l’ai revu. J’ai voulu le reporter. Alors mon père l’a ramené à la maison et je l’ai mis sur la chaîne que mes mêmes grands-parents m’avaient offerte pour ma confirmation.

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu, à ce point, envie de le reporter. Je suppose à cause de la grande valeur qu’il a à mes yeux.

Tout comme sa chaîne, il vient de Sicile, de la petite ville de Salemi. C’est le lieu d’origine de mon grand-père et nous y allons tous les étés. C’est un lieu qui me rappelle que la vie n’a pas toujours été simple pour les autres membres de ma famille. Je me rends compte que j’ai de la chance de vivre dans ces conditions mais que ma famille s’est battue durement pour pouvoir s’offrir une vie stable.

De plus, il représente la religion. Même si je ne la pratique pas beaucoup, voire pas du tout, la religion a toujours été présente dans ma vie. Elle y a progressivement pris sa place. La seule chose dans la religion qui a vraiment de la valeur pour moi est la culture de l’amour. Le fait d’aimer, de pardonner, de donner, d’accepter, sans attendre quelque chose en retour. Je ne crois pas que porter ce collier va faire qu’un ange gardien envoyé par Dieu me protège jour et nuit, mais il montre plutôt que mes grands-parents ne me souhaitent que le meilleur. D’une certaine façon, c’est plus leur volonté de protection qui transparait.

Et surtout, j’ai l’impression que je peux trouver un lien à la petite fille joyeuse et innocente que j’étais quand je l’ai porté pour la première fois. En effet, il arrive parfois, je pense que c’est normal pendant l’adolescence, de se perdre soi-même, de ne plus vraiment savoir qui on est. Je ne dis pas que porter ce collier me permet d’être moi-même, mais juste qu’il peut me servir de rappel, de souvenir de mon enfance heureuse si je me perds totalement.

3 mars 2020 Tiziana Levante

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