Journal de confinement – Chiara Friden

Jeudi 02 avril 2020

Aujourd'hui, et comme tous les jours depuis bientôt trois semaines, je suis passée devant, elle n'a pas bougé. Elle est toujours suspendue sur cette marche d'escalier comme si elle n'avait pas séché depuis le temps qu'elle est sortie de la machine à laver. Je l'ai contemplée. Elle est encore d'un blanc si éclatant. Elle est récente, c'est la dernière que j'ai reçue. Ses coutures sont encore bien propres, le col est parfaitement lisse, il n'y a aucune tache. Et dans le dos, lui non plus n'a pas bougé, mon nom est fixé, elle est à moi. Il faut profiter de l'admirer tant qu'elle est encore aussi belle, cela ne durera pas indéfiniement.


Je l'ai regardée, encore et encore, j'ai souri et j'ai continué mon chemin. Elle est la dernière que je n'ai pas pliée et rangée dans une armoire mais celle-ci je ne la rangerai pas parce que je veux laisser une trace de ce qu'était mon quotidien avant l'arrivée de ce virus. Alors chaque fois que je la vois, je me souviens de ce qu'on a vécu ensemble et c'est ma motivation à m'entraîner seule et sans tatami parce qu'il n'y a que ça à faire. Chaque fois que je passe devant elle, je me rappelle pourquoi je dois m'entraîner, pourquoi j'aime ce sport. Alors non, je ne l'enfermerai pas dans une armoire, elle restera là et je la décrocherai le jour où ce virus sera parti, où chacun retrouvera ses habitudes, où la vie reprendra comme avant. Ce jour-là, je la dérocherai, je la plierai soigneusement, je la mettrai dans mon sac à dos et ensemble nous reprendrons le chemin du dojo.

Chiara Friden

© 2020 Auteurs et Gymnase Auguste Piccard